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Trois quart-temps avec Noémie Mayombo

La meneuse se confie sur trois photos et huit mots



A 22 ans, meneuse, du feu dans les mollets mais pas que... Noémie Mayombo réalise une belle saison. Jeune leader d'une équipe... jeune mais dans le "Top5", la liégeoise a pris le temps de trois quart-temps pour mettre des phrases sur quelques mots et se remémorer quelques souvenirs à l'heure où tout le monde (y compris elle) est tourné vers le clou de la saison: les Playoffs. "Il faut y aller à fond." a-t-elle conclu après avoir partagé ses impressions, les impressions d'une joueuse "à un tournant de sa vie "mais convaincue que son équipe, Point Chaud Sprimont à un coup à jouer. Interview-portrait.



Un maillot/un moment : Championnat du Monde U21 en Russie (2007)

Trois quart-temps avec Noémie Mayombo
Trois quart-temps avec Noémie Mayombo
« Je vois bien, c'était il y a bien longtemps » a sourit Noémie Mayombo à la vue de photo. « Ce que cela m'évoque? Une super expérience. J'ai eu la chance d'aller avec les U21, j'étais l'une des plus jeunes (…) On m'appelait "Moustique" tellement j'étais la plus jeune. On a fini cinquièmes: c'était la meilleure place qu'une équipe belge avait réussi à un championnat du monde. On avait fait un bel exploit là-bas et c'était vraiment bien. (...) Cette expérience m'a apporté des choses au niveau de la maturité: on se retrouve à jouer contre des équipes que l'on n'a pas forcément l'habitude de jouer. D'habitude on évolue au niveau européen mais là sur la scène mondiale, ce sont d'autres équipes, d'autres cultures de basket mais ça apporte en maturité aux joueuses. » a-t-elle expliqué.

Un endroit: Liège

Image: Merckxedition.com
Image: Merckxedition.com
Déjà 18 années que la meneuse liégeoise pratique le basket, dont 16 saisons au pied du « Perron ». Mis à part un intermède en Suisse, elle a toujours évolué dans les clubs de la région. « J'ai commencé à jouer à Angleur. » a-t-elle commenté. « Etant petite, on voulait trouver un sport qui nous plaît. On a commencé avec le basket, du ping-pong, du tennis et c'est le basket qui m'a tout de suite plu. Je suis resté là-dedans et depuis que j'ai quatre ans je fais du basket et je n'ai jamais arrêté, j'ai toujours aimé. J'ai joué à Angleur donc et puis est venu un moment où je ne pouvais plus jouer avec les garçons donc j'ai été à Belleflamme: super expérience, de supers années là-bas, de supers bons souvenirs. On a fini invaincus du championnat, des finales de Coupe remportées, etc. On avait fini premières du championnat de Régionale 1 et à cette époque là, on était obligés de monter. Le club n'avait pas les finances pour pouvoir évoluer en Division 1 et les joueuses se sont retrouvées éparpillées partout parce que le club a dû descendre en Provinciale 3 à cette époque-là si je me rappelle bien.
Du coup je suis allée au Femina Liège qui jouait en Régionale 1, j'y ai joué deux-trois ans avant de finir mes études secondaires et de partir en Suisse durant deux ans et ensuite je suis revenue en Belgique et je joue à Sprimont.»
a-t-elle détaillé.

Une joueuse : Emmanuella Mayombo

Trois quart-temps avec Noémie Mayombo
« Manu » l’appelle-t-elle en découvrant la photo. « Depuis que je suis arrivé à Sprimont j'ai joué avec elle, ma sœur. C'était la première fois que l'on faisait des saisons ensemble. On avait déjà joué quelques fois toute les deux mais pas sur une saison complète. Je n'ai que de bons souvenirs. Avoir sa sœur c'est toujours bien, je m'entends bien avec elle. On a une certaine complicité souvent sur le terrain. C'est un atout, un soutien et ça permet de s'aider, de s'entraider et ça nous a fait mûrir aussi.
(...) Ma réaction après sa blessure contre Namur? Ca fait toujours... même si une autre joueuse se blesserait... ça me fait quand même plus mal que ce soit ma sœur. C'est dur parce qu'elle avait déjà eu une blessure aux ligaments d'un genou et là (au Season Opening) elle avait vraiment mal et j'espérais que ce ne soit pas ça: une blessure aux ligaments cela dure vraiment longtemps, ce sont des mois de rééducation, mentalement ce n'est pas facile. Elle l'avait eu une fois, je n'avais pas envie qu'elle l’ait une deuxième fois. A nouveau c'est tombé sur elle. Elle l'a pris assez bien: mentalement elle est là et je pense qu'elle va revenir... Elle est assez forte pour revenir à son niveau, si pas encore plus forte. (…).Ses qualités? Elle a une force de caractère énorme. Mentalement, elle est toujours là, elle va toujours donner, toujours se battre et en dehors du terrain: très généreuse. »
a-t-elle précisé.

Titre: "avec les autres équipes qu'il y a dans le championnat et les autres joueuses..."

Avec un Sprimont pour la seconde saison consécutive terminant dans le Top 5 du Championnat, est-il assez fou de penser qu’une jeune équipe qui marche peut gagner le titre ? « Fou, non. » a-t-elle réagi. « En tant que joueur on aimerait bien tous gagner des titres maintenant avec les autres équipes qu'il y a dans le championnat et les autres joueuses... je ne pense pas que l'on puisse dire que l'on a l'équipe pour jouer le titre. Pas cette année mais maintenant peut-être que dans deux-trois ans, il y aura une montée en puissance et que Sprimont pourra viser un titre mais cette année, je ne pense pas. Il faut être réaliste: avec les joueuses et l'équipe que l'on a c'est vrai que l'on fait une belle saison mais on a beaucoup de jeunes qui doivent encore apprendre. On fait quand même encore beaucoup d'erreurs. De temps en temps dans les matches, on fait beaucoup de pertes de balle et c'est ça qu'il faut améliorer chez nous. Quand les jeunes auront pris en maturité et qu'à côté les étrangères sauront les mettre bien, là on pourra être très forts. » a-t-elle expliqué.

Vitesse: "Il faut canaliser cette qualité"

Trois quart-temps avec Noémie Mayombo
Rapide balle en main, tranchante dans ses pénétrations, la meneuse liégeoise fait partie du meilleures scoreuses du championnat mais reste consciente qu’il faut davantage que du feu dans les mollets pour être une bonne joueuse : « J’essaie vraiment de jouer là-dessus parce que je peux amener ce dynamisme, cette vitesse dans le jeu. »a-t-elle commenté. « Peut-être que ça me différencie d'autres joueuses, je ne sais pas. C'est un réel atout notamment contre des filles peut-être plus grandes. Dans un jeu comme le basket, c'est important.
(...) Ma progression sur cette qualité? Il y a la vitesse mais il n'y a pas que ça: il faut essayer d'être complet. Il n'y a pas que la vitesse qui peut me permettre d'évoluer. Il faut aussi savoir quand pénétrer et finir jusqu'au bout, quand pénétrer et m'arrêter pour un petit shoot...Il y plein de choses, il faut l'utiliser au bon moment. Ce n'est pas "dès que je prends la balle, je fonce dans le tas": ça ne sert à rien non plus. Il faut arriver à canaliser cette qualité: des fois il faut avoir un jeu posé, organiser le jeu afin que tout le monde puisse jouer, toucher la balle et la faire circuler. Il y a des moments à gérer où on joue rapidement, en contre-attaque, lâcher les balles, vers l'avant et d'autres moment où il faut calmer le jeu, poser, organiser et jouer un bon système jusqu'au bout. »
a-t-elle analysé.

Sélection: "Ca m'a apporté plein de choses"

Noémie Mayombo sous le maillot des "Cats" l'été dernier.
Noémie Mayombo sous le maillot des "Cats" l'été dernier.
Des U16 aux U21 en passant par les U18, U20, les « Young Cats » et enfin les « Cats », Noémie Mayombo a pris part à un grand nombre de campagne. « On est quand même fière: jouer pour son pays c'est quelque chose d'extraordinaire. Je le fais depuis que j'ai 15 ans je crois. Ca fait plaisir de faire les campagnes. » a-t-elle déclaré en premier. « Avec les filles, c'est toujours une bonne ambiance et une belle expérience à prendre. Jouer sur la scène européenne, c'est très bien aussi et ça permet de progresser. On a le championnat belge mais il y a d'autres compétitions où le niveau est plus élevé. On se confronte à des niveaux plus durs et on se donne encore plus. (...) On apprend toujours: même en sélection, ça permet de rester en forme durant la période de vacances, c'est de l'expérience en plus et ça aide au niveau de la maturité. Cela permet aussi de voir sur quoi on doit travailler notre jeu, que ce soit au niveau individuel ou en équipe, cela permet de connaître d'autres joueuses avec qui on ne joue pas durant la saison. Il y a aussi ce côté wallons-flamands: on est obligés de vivre ensemble, on ne parle pas forcément flamand mais on essaie de se comprendre et c'est tout une ambiance autour de la sélection nationale qui fait que moi j'ai toujours aimé y aller et ça m'a apporté plein de choses. » a-t-elle expliqué.

Etre pro: "Je suis à un tournant de ma vie"

Alors qu’elle réalise une belle saison et constitue un des fers de lance de son équipe, la question se pose pour la meneuse de Sprimont, de plus compte tenu des circonstances. « Je suis à un tournant de ma vie: je vais finir mes études et j'ai deux choix qui s'offrent à moi. » a-t-elle présenté. « Soit une carrière pro et dans ce cas-là, je pars à l'étranger parce qu'ici en Belgique, je ne pense pas qu'il y ait les moyens pour être pro à 100% à part peut-être à Namur, il y a des joueuses pro. Ici à Sprimont, je ne pense pas qu'il y ait la structure pour. Soit je commence à travailler mais là je ne serais pas pro mais semi-pro. (...) Des propositions? Non, mais je sais qu'il y a des personnes qui sont intéressées et qui demandent mais approchée pas encore. (...) Une pression supplémentaire pour les Playoffs? Non, pas forcément une pression. Je continue sur ma lancée, je continue à rester concentrée sur Sprimont, sur mes études et ce qui vient après viendra après. Je ne me tracasse pas au sujet du lendemain. Pour le moment, j'ai vraiment envie de bien finir mes études et de me concentrer sur ma saison à Sprimont et puis si j'ai des opportunités tant mieux et si je n'en ai pas, c'est comme ça... » a-t-elle développé.

Leader: "un rôle qui me convient bien à Sprimont"

Une jeune joueuse (22 ans) encadrant des joueuses encore plus jeune… Voilà un angle d’attaque pour décrire la moyenne d’âge de l’équipe sprimontoise cette saison. Pas forcément leader dans le passé, l’ancienne du Femina Liège tente de remplir sa tâche. « Me voir en leader d'une bonne équipe de basket il y a quelques années? Non parce que j'ai toujours été la plus jeune en fait. » a-t-elle expliqué. « J'évoluais une catégorie au-dessus donc je me retrouvais la plus jeune... C'est vrai que je marquais, etc. mais être un vrai leader, je ne l'étais pas encore. Et maintenant c'est vrai qu'à Sprimont, je fais partie des plus vieilles à la limite et c'est moi qui doit pousser l'équipe et c'est un rôle qui me convient bien ici et ça ne me dérange pas du tout de le faire et de pousser l'équipe. (...) Je n'ai pas de modèles, j'essaie un peu de tirer de ce que je vois un peu partout, de ce que j'ai vu à l'étranger, le positif de ça et de voir ce qui a bien marché. Par exemple, j'essaie d'être assez proche de tout le monde dans l'équipe: je connais un peu les joueuses, presque toutes ce qu'elles font et j'essaie vraiment de les écouter, de voir comment elles vivent aussi. Par exemple, si elles se plaignent d'un truc, de quelque chose, j'essaie d'aller trouver le coach, voir si on peut discuter, arranger les choses... Être à l'écoute du groupe, c'est super important... Surtout les filles où il peut y avoir des "crêpages de chignons", des non-dits, des rumeurs et ça va vite. Être à l'écoute dans un groupe de filles, c'est hyper important. » a-t-elle détaillé.

Concilier études et basket: "il faut être prêt à le faire"

Un élément légion dans notre championnat que cette dualité entre passer des cours au parquet. Noémie Mayombo a partagé sa vision de cette double casquette : « Quand on a la volonté, on peut le faire. C'est sûr que ce n'est pas donné à tout le monde de réussir dans les deux. Personnellement, j'ai eu la chance de bien mener les deux: jusque là ça a bien été. Maintenant, je pense que c'est une question de volonté mais aussi d'organisation: ce n'est pas facile de pouvoir organiser les entrainements et l'étude parce que parfois on va à l'entrainement, on est fatigué, etc. mais on doit encore étudier parce que l'on a peut-être examen ou on doit être aux cours le lendemain. Il faut aussi faire des sacrifices: ne pas sortir avec des amis, etc. parce que l'on doit étudier ou on a entrainement. Beaucoup de sacrifices, de détermination. » a-t-elle confié. « Il faut être prêt à faire les sacrifices pour ce que l'on aime. Le basket c'est ma passion donc à la limite, ce n'est même pas un sacrifice mais il faut être prêt à le faire.» a-t-elle martelé.

Coach

Bernard Schoonbroodt avec les "Young Cats"
Bernard Schoonbroodt avec les "Young Cats"
En 18 ans sur les parquets, la liégeoise en a croisé quelqu’un et elle a accepté de se pencher sur les trois derniers qu’elle a connus en club (Carmelo Schirino, Thibault Petit et Bernard Schoonbroodt) et son entraineur actuel, Pierre Cornia. « Carmelo m'a donné beaucoup de confiance en moi parce qu'il me laissait carte blanche. A la limite, je pouvais faire ce que je voulais sur le terrain...pas jouer perso mais enfin je pouvais vraiment faire ce que je voulais c'est un coach qui m'a beaucoup donné confiance en moi. » a-t-elle analysé. « En Suisse, j'ai eu Thibault Petit. Alors au départ, je ne m'entendais pas vraiment bien, il y a eu des petits "clashes" mais c'est quelqu'un qui m'a beaucoup apporté au niveau mental, au niveau caractère, niveau maturité aussi: j'ai beaucoup pris en maturité avec lui. Il m'a appris à avoir cette mentalité de toujours se battre: même si on a une Américaine meneuse titulaire, ça ne veux rien dire. Il faut montrer même à l'entrainement qu'on est là aussi et que l'on peut faire de bonnes choses sur le terrain. Souvent on arrive là et on se dit que l'on va jouer 20 ou 30 minutes comme on jouait avant mais ce n'est pas du tout la même chose. On se rend compte que ce n'est pas comme ça: on doit gagner sa chance et on doit aussi montrer que l'on n'est pas là pour rien.
Avec Bernard Schoonbroodt, la première saison c'était la catastrophe parce qu'on se trouve avec un groupe qui ne s'entendait pas du tout: des jalousies, etc. Bref, pas du tout la bonne saison... Mais avec la deuxième, j'ai vraiment appris à mieux le connaître et là on a vraiment eu une bonne relation coach-meneuse ce qui m'a permis de bien me développer sur le terrain.
Pierre Cornia, c'est lui qui m'a donné plein de petites choses, des petits trucs en plus à apporter à mon jeu pour le développer davantage: les shoots après écran, après dribble. J'ai travaillé tout ça avec lui et ça a apporté quelque chose en plus à mon jeu. Soit je pénétrais et je finissais, soit c'était shoot et je n'avais jamais "entre les deux". Il m'a appris d'autre choses techniques qui apportent un plus à mon jeu. »
a-t-elle détaillé.

Playoffs: "quand tout le monde fait son job sur le terrain, on est très fort"

Sur le chemin de Point Chaud Sprimont (5) se dresse SKW (4)
Sur le chemin de Point Chaud Sprimont (5) se dresse SKW (4)
C’est ainsi, dans une compétition, certains adversaires vous conviennent mieux que d’autres, dans le jeu, dans les joueuses, dans la manière de jouer. Ce n’est pas forcément le cas pour Sprimont face à SKW mais ce n’est pas pour autant que la meneuse du Point Chaud se dit qu’il ne faut pas tout tenter : « Il n'y a pas de "vrai bon match" mais je pense que SKW n'est pas une équipe qui nous convient. » a-t-elle tranché avant que la question sur les chances de victoire ne soit posée. « Personne n'en sait rien, on sera peut-être la surprise: on peut gagner les deux matches et passer. Je ne sais pas dire comment va être le matches, comment vont être les filles... si on va être dans le match, si on va faire un bon match... (...) Ce qu'il ne faudra pas faire? Il faudra limiter les pertes de balle et les empêcher de pénétrer: ne pas les laisser prendre leur chance. C'est vraiment leur jeu: pénétrer, pénétrer-ressortir la balle. Ne pas les laisser nous prendre de vitesse. » explique-t-elle.

« On a fait de très bons et de très mauvais matches, en défense comme en attaque mais je pense que si on veut avoir les jeunes qui élèvent leur niveau de jeu, qui suivent et qu'Erica Davis et moi on est dans le match aussi, on est capable de battre tout le monde, ça c'est sûr et certain.
Maintenant il faut que l'on soit dans un bon jour, que tout le monde marque, que tout le monde apporte quelque chose: c'est vraiment ça, nous Sprimont, quand tout le monde apporte quelque chose à l'équipe, quand tout le monde fait son job sur le terrain, on est très fort et on peut être dangereux partout.
(...) La fin de saison difficile? C'est vrai que l'on ne termine pas super bien maintenant je pense que l'on a la mentalité pour montrer que l'on peut remédier à ça et que l'on peut remonter la pente. C'est vrai que les derniers matches que l'on a fait ne sont pas bons du tout: contre Houthalen, on devait gagner de plus que ça, contre Gentson pareil. On a le match en main, on gagne de 12 points et puis on fait cinq pertes de balle d'affilée et on perd le match, on n'arrive pas à revenir dedans. Avec les Playoffs, les compteurs sont remis à zéro, la saison est finie et tout le monde l'oublie et ce n'est que les Playoffs: on n'a qu'une chance, il faut y aller à fond. »
a-t-elle conclu.

Christophe Crespin
16/03/2013